La Genèse et quelques idées reçues

Au sujet de la Genèse, il est assez fréquent d’avoir un certain nombre de préjugés ou d’idées reçues qui ne sortent pas de nulle part. L’Église a accumulé au fil des siècles une importante Tradition composée de textes du Magistère (papes, Églises locales, etc.), de théologiens, de saints, etc. Chacun de ces textes a été écrit dans un contexte, une époque propres. Avec des sources et des connaissances qui ne sont pas toujours les mêmes que celles que nous possédons aujourd’hui. Par exemple, beaucoup de Pères de l’Église ne parlaient pas l’hébreu (langue dans laquelle ont été écrits un grand nombre des livres de l’Ancien Testament) et travaillaient les textes sur des traductions grecques voire même sur le latin (c’est le cas de saint Thomas d’Aquin par exemple).

Aujourd’hui, la recherche biblique nous offre un tout autre regard en s’attachant au texte original. De très nombreux excellents biblistes récents nous aident à mieux comprendre et interpréter les textes bibliques à la lumière de nos connaissances actuelles. Cela ne veut pas dire que les interprétations plus anciennes n’ont rien à nous dire. N’oublions cependant jamais de mettre en perspective ce que nous lisons, d’en chercher la source et le contexte, et de distinguer les plans sur lesquels nous nous situons.

Un petit exemple ? « La femme avec son mari est image de Dieu, en sorte que la totalité de cette substance humaine est considérée comme l’auxiliaire de l’homme – ce qui ne lui appartient qu’à elle seule – elle n’est pas image de Dieu ; par contre l’homme, en ce qui n’appartient qu’à lui, est image de Dieu, image aussi parfaite, aussi entière, que lorsque la femme est associée pour ne faire qu’un avec lui ».

Ce texte surprenant a été écrit par saint Augustin (La Trinité, XII, VII, 10). On ne saurait bien sûr lui donner raison…

Voici ici 4 idées attachées à la Genèse souvent entendues et qu’il est intéressant d’interroger.

Idée 1. L’homme préexistait

On a tendance à penser que Adam existait puis que Dieu est venu créer Eve depuis son côté. En réalité, ce n’est pas au début l’homme masculin qui est désigné dans le texte (même si ça l’est dans nos traductions françaises) mais l’être humain (‘adam en hébreu), donc l’homme générique, pas l’homme masculin. Ce n’est que lorsque Dieu veut créer une aide à cet être humain qu’alors l’être humain dit : « Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise. » (Gn 2, 23). La distinction se fait, l’être humain acquiesce à l’initiative divine de façon volontaire.

Idée 2. Une aide (femme) subordonnée (à l’homme)

Quelle est donc cette aide que Dieu crée pour l’être humain ?

Dans l’Ancien Testament, le terme « ezer » est employé 3 fois comme une assistance vitale dans des moments de crise, 16 fois désigne le secours direct de Dieu apporté et 2 dernières fois à Eve. Et si on élargit le terme aux diverses racines apparentées on relève 127 occurrences dans l’AT qui sont quasiment toujours un secours personnalisé d’un sujet à un autre et quasiment jamais (3 fois) d’un subalterne vers un supérieur.

Presque toujours donc Dieu vient en aide pour sauver d’un péril mortel. Le bibliste André Wenin notamment suggère donc que l’aide est là pour sauver l’être humain de son isolement mortel. « Aide » en « face à face ». Penser l’aide comme subalterne ou secondaire est donc déjà une interprétation biaisée du texte.

Idée 3. La femme serait avant tout mère

C’est l’homme qui appelle la femme du nom d’Eve en Gn 3,20, c’est-à-dire « la mère de tout vivant ». De cette façon à la fois il s’émerveille de cette vie qu’elle fait naître et en même temps il l’enferme dans cette fonction maternelle. Pourtant, le début du récit n’en parlait pas (exceptée la malédiction causée par le péché originel). De la même façon, on n’en parle pas du tout par exemple de la fonction maternelle de la femme dans le Cantique des Cantiques. Elle est une amante portée vers son amant, son égal, de la même façon que l’amant se tourne vers son amante. C’est une histoire de face-à-face. Cela ne dénigre pas la maternité mais empêche de réduire la femme à cette fonction.

Idée 4. La chute et ses conséquences

Le récit de la tentation de la tentation relate la façon dont le serpent se fait tentateur puis la façon dont Adam et Eve puis mangent du fruit : « elle en donna à son mari, qui était avec elle » (3,7). L’homme est à côté et ne bronche pas ; il s’exécute. Quand Dieu vient, il rejette cependant uniquement la faute sur la femme (3,12) : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit défendu ». L’homme n’assume pas que la faute ait pu être partagée. La conséquence sera elle aussi partagée : s’installe entre l’homme et la femme une rupture de relation (3,16) et la femme connaîtra des peines renforcées de l’enfantement et, en miroir, l’homme devra nourrir à la sueur de son front en travaillant la terre devenue hostile.

Bibliographie et pour aller (bien) plus loin…

Philippe Lefebvre-Viviane de Montalembert, Un homme une femme et Dieu, Cerf, 2007

Sylvaine Landrivon, La femme remodelée, centrer la grâce d’être femme sur la maternité : choix de Dieu ou des hommes ?, Cerf, 2016

Bible interlinéaire avec traduction TOB

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