
Le journal d’Etty Hillesum est indéniablement l’un des chefs-d’œuvre de spiritualité contemporaine. Etty Hillesum était néerlandaise, juive et elle est morte à Auschwitz, le 30 novembre 1943. De 1941 à 1943 (de ses 27 à 29 ans), elle tient un journal où elle écrit presque quotidiennement. Elle le débute sur les conseils de son thérapeute, Julius Spier et ce qui devait être un outil thérapeutique, où elle écrit ce qui tisse son quotidien, devient aussi un incroyable témoignage de son cheminement intérieur. Le bouleversement de sa vie, dans des années charnières pour elle sur le plan personnel mais aussi de la grande histoire, vient bouleverser notre propre intériorité. Dans nombre de saillies stupéfiantes de justesse et de profondeur, elle saisit avec éclat la relation à Dieu. C’est un journal auquel on revient sans cesse : pour mettre des mots sur notre propre expérience spirituelle, pour se laisser porter par celle de cette jeune femme, pas si éloignée de nous…
« C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres. Oui, mon Dieu, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne t’en demande pas compte, c’est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes un jour. Il m’apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon cœur que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous. Il y a des gens – le croirait-on – qui au dernier moment tâchent à mettre en lieu sûr des aspirateurs, des fourchettes et des cuillers en argent, au lieu de te protéger toi, mon Dieu. Et il y a des gens qui cherchent à protéger leur propre corps, qui pourtant n’est plus que le réceptacle de mille angoisses et de mille haines. […] » (p. 175 – 12 juillet 1942)