
« A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13, 35). Cette phrase, c’est Jésus qui la dit dans l’Evangile de Jean. Elle révèle quelque chose de très beau et de fondamental sur la vie chrétienne : s’aimer est le signe caractéristique de l’appartenance au Christ. Il ne s’agit pas d’être les meilleurs, les plus pieux, les plus intelligents ou les plus efficaces, il s’agit (juste ?) de s’aimer.
Cela demande tout d’abord de tisser des liens, de se mettre en relation et de créer cette possibilité d’avoir de l’amour les uns pour les autres. L’amour prend du temps à se construire, demande du soin et de la patience.
Ensuite, cela passe par des aspects concrets qui viennent favoriser cet amour réciproque. Les Actes des Apôtres (=livre du Nouveau Testament où l’on raconte la vie des premiers chrétiens, alors que Jésus vient tout juste de les quitter) montrent comment les premiers chrétiens ont essayé de vivre cet appel, et ils ont parfois opté pour des choix très radicaux, notamment sur des sujets matériels. Ils choisissaient par exemple de tout mettre en commun : « Aucun d’entre eux n’étaient dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun » (Actes des Apôtres 4, 34-35).
Cela montre qu’il y a une organisation à avoir. Favoriser l’amour les uns pour les autres demande aussi un certain exercice pour distinguer ce qui nourrit cet amour et le porte de ce qui vient l’entraver.
Sans cesse dans l’histoire du christianisme on a vu de grands élans chercher à renouer avec l’inspiration des Actes des Apôtres et trouver d’autres déclinaisons encore pour mettre en pratique le commandement de l’amour des uns pour les autres.
Car si cet amour suscite l’étonnement des observateurs, c’est qu’il questionne, qu’il peut offrir un signe de contradiction, qu’il n’est pas conforme à ce que l’on peut attendre d’une époque, qu’il dépasse les normes établies. Il met concrètement en oeuvre les moyens de vivre cet amour, de ne délaisser personne. Ces grands élans ne signifient pas que l’on ait trouvé la solution miracle et, tout le temps, il y a des échecs. Saint Paul déjà en témoigne dans ses lettres où il recadre tout autant qu’il encourage les différentes communautés qu’il a pu visiter mais qui ne parviennent pas à s’entendre sur tel ou tel point. Malgré cela, cet amour n’est jamais hors de portée. Il ne faut pas désespérer de nos incapacités à aimer, et sans cesse recommencer ! Faire un peu de place aux autres pour que le but soit bien que l’on dise de nos communautés, quelles qu’elles soient : « voyez comme ils s’aiment ! » et que cela témoigne de quelque chose de bien plus grand que nous-mêmes.
La phrase est belle car elle encourage. C’est un haut défi de s’aimer tant qu’on le remarque, mais c’est aussi un but vraiment désirable, pétri de douceur, de tendresse, d’inclusion et de bonté.
Parfois, dans les moments de gros nœuds, de débordements ou d’égarements, j’essaie de me souvenir de cette boussole qui est vraiment très simple et le but, alors, c’est de lâcher tout le reste pour creuser ça.