Flâneries théologiques 6. Où se trouve le Royaume de Dieu ?

Quand on parle de « Royaume », surgissent probablement en nous des images de châteaux, de contes et de contrées lointaines ou anciennes. Accolé au mot « Dieu », on pressent qu’il est heureux et paisible. Dans les Évangiles, Jésus ne cesse de parler de ce fameux « Royaume de Dieu » dont les contours sont amples et étonnants.

On peut facilement trouver dans l’Ancien Testament des thèmes qui nourrissent une conception assez classique du Royaume, puisque l’on y trouve l’histoire du peuple d’Israël choisi par Dieu, qu’il y est aussi question de rois que Dieu va lui donner, de combats, de conquêtes pour des territoires…

Dans le Nouveau Testament, le Royaume prend une dimension différente et s’éloigne de nos représentations habituelles. Jésus ne cesse de parler du Royaume de Dieu à travers une infinité de petites touches, de comparaisons, de paraboles, de qualificatifs, comme un faisceau qui se resserre peu à peu autour d’une réalité. Le Royaume de Dieu est ainsi « tout proche » (Marc 1, 15), il n’est plus le lieu des batailles, des conquêtes du trône, des gains de terrain. Le Royaume est un renversement complet. Il est le lieu où les prostituées précèdent les riches, où les premiers sont les plus inattendus. Le Royaume de Dieu est à la fois une promesse et le lieu de notre propre croissance, la manière dont nous accueillons la Bonne Nouvelle annoncée pour qu’elle devienne la trame de nos existences.

Cette proposition n’a rien d’évident et sans cesse, aussi, Jésus revient à la charge auprès des disciples si lents à comprendre. Dans l’Évangile de Matthieu, en 18, 1, les disciples veulent savoir qui est le plus grand dans le Royaume des cieux et Jésus leur répond qu’il faut devenir comme des enfants.

Ce n’est donc finalement pas sur une carte qu’il faut se mettre en quête du Royaume de Dieu. Car ce Royaume n’est pas un lieu mais une Présence. Il est cette conversion des cœurs qui fait advenir une réalité tant désirée par Dieu, façonnée par son amour auquel nous consentons. Il est à la fois déjà là et à venir, demande à être accueilli en même temps que d’être construit.

Je crois que nos images sont précieuses, car elles nous aident à imaginer la façon dont notre propre monde, bien palpable, devrait tendre vers le monde tel que Dieu l’a rêvé et façonné à l’origine. Mais elles ne doivent pas non plus nous faire oublier que le Royaume est en germe dans chacune de nos relations, et que nous nous en approchons, nous le faisons s’approcher, à chaque fois que nous en prenons soin. À elles toutes, elles forment cette merveille d’un Royaume qui nous est donné et qui comble les désirs de notre cœur (Psaume 36).

Partir en quête de ce Royaume est exigeant, bouleversant mais, rassurons-nous, Jésus le dit lui-même : « Sois sans crainte petit troupeau, votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Luc 12, 32).

Julienne de Norwich, une mystique anglaise, disait : « Tout finira bien ». Oui, puisque le Royaume de Dieu nous est bel et bien donné.

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