Flâneries théologiques 8. Agir en êtres libres

Si Dieu a créé le monde puis chacun d’entre nous, s’il nous connaît parfaitement et n’est pas soumis à notre temporalité, quelle place reste-t-il pour ma liberté ? Au quotidien, cependant, j’expérimente bien qu’il m’appartient de décider pour moi-même et que, la plupart du temps, la voie à suivre ne relève pas de l’évidence. L’appel de Dieu a rarement l’aspect d’un appel clair et net que je recevrais sans ambiguïtés.

Justement, attendre un appel clair et décisif risque de décevoir : cela ne va probablement pas arriver et ne correspond pas vraiment à la façon de faire de Dieu. Agir, tout en cherchant à marcher dans les pas de Dieu, c’est établir un dialogue entre deux libertés : la mienne et celle de Dieu. Lorsque le prophète Elie attendait que le Seigneur le visite, il l’a d’abord attendu dans l’ouragan, le tremblement de terre puis le feu, mais c’est finalement dans « le murmure d’une brise légère » (1 Rois 19, 12) que Dieu s’est manifesté. Cette brise légère ne s’impose pas, elle s’accueille et se déchiffre, elle soutient et enveloppe. Il faut aussi faire un peu de place et se rendre disponible pour reconnaître son passage.

Est-ce que parfois nous ne sommes pas tentés de penser que nous ne trouverons pas le repos tant que nous ne serons pas bien installés dans l’unique voie tracée pour nous par Dieu, de toute éternité ? Un peu comme une autoroute dont il ne faut surtout pas manquer l’entrée. Si on pense notre vie de cette façon, on a bien des chances de la croire ratée ou de se mettre une pression bien grande sur les épaules, ce qui ne peut que nous rendre malheureux !

Alors quel poids pour mes actions ? Je suis de plus en plus impressionnée de voir à quel point parfois la détermination d’une seule personne peut avoir un impact sur des événements, une communauté, l’histoire. C’est que, vraiment, nous sommes créés pleins de qualités, capables de petites comme de grandes choses et cette certitude d’être aimés et capables rend possible de réaliser de belles choses. Nos pauvres petits bras ne vont pas régler tous les problèmes de la terre, et en même temps ils vont y participer par notre créativité singulière, nos qualités particulières, notre regard, notre élan. Personne ne va nous remplacer. Faire la volonté de Dieu c’est interroger ces grands désirs qui m’habitent et trouver la manière de les incarner en vue du bien. Où Dieu m’attend-il aujourd’hui ? C’est un questionnement incessant ! Et puis ensuite, cela me dépasse et ne m’appartient plus. J’accueille un don qui m’a été fait, je prends ma part à une œuvre plus grande qui me dépasse. N’est-ce pas ce qui fait sa beauté et la rend accessible ?

Cette phrase attribuée à Ignace de Loyola résume bien les deux pôles : « Prie comme si tout dépendait de Dieu et agis comme si tout dépendait de toi. » Nulle prédestination, mais deux libertés qui se rencontrent et cherchent, souvent à tâtons, comment se rejoindre.

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