
Un Dieu en trois personnes est un donné du christianisme qui peut être assez difficile à se figurer. J’aime cette phrase de Maître Eckhart pour parler des trois personnes de la Trinité : « Le Père rit au Fils et le Fils rit au Père et le rire fait naître la joie et la joie fait naître l’amour. » Le rire qu’échangent le Père et le Fils engendre l’Esprit Saint, selon les mots de ce mystique. Cela fait comprendre assez facilement que ce qui unit et même fait exister la Trinité est une relation heureuse de profonde communion.
En théologie, il existe des pavés entiers pour tenter de décrire précisément la nature des relations qu’entretiennent les trois personnes divines. Ces études veulent permettre à notre intelligence de mieux comprendre cette relation d’amour pour mieux contempler Dieu (sinon, cela n’a pas beaucoup d’intérêt!). Elles se questionnent sur des idées telles que l’unité dans la diversité, la réciprocité, l’unicité, la génération, la procession, etc. Ce qu’elles cherchent à scruter surtout, c’est la fluidité parfaite de ces relations, la communion qui forme Dieu. Cette compréhension des relations de la Trinité nous inspire dans nos propres relations et permet de comprendre comment Dieu agit dans nos vies.
Avec la Trinité, c’est bien un seul Dieu en trois personnes qui se communique à nous. Joseph Ratzinger (=Benoît XVI) parlait de ces 3 personnes en termes de dialogue : « Le concept de personne exprime, de par son origine, l’idée du dialogue et Dieu comme être de dialogue. […] A partir de cette connaissance de Dieu, la propre essence de l’homme lui est révélée de manière nouvelle. »
Comment est-ce que cela vient s’imbriquer dans nos vies ? Chacune des trois personnes divines est accessible d’une manière différente et constitue une porte d’entrée vers Dieu.
Le Fils, Jésus, nous permet d’accéder très concrètement au mystère de Dieu par sa vie et sa parole. Les Évangiles montrent un chemin vers Dieu et peuvent nous inspirer chaque jour. Dieu s’est fait tout proche en devenant l’un d’entre nous, et alors, pour nous, il est possible à notre tour de devenir Dieu, de nous unir à lui par cette voie du Fils.
L’Esprit de Dieu, l’Esprit saint est la communication d’amour entre le Père et le Fils. En quittant la terre, Jésus promet de laisser son Esprit, et c’est ce qui arrive lors de l’événement de la Pentecôte (Actes 2, 1-11). En le laissant nous habiter, nous nous laissons façonner par Dieu au gré de nos vies. Cet Esprit nous soutient dans nos épreuves et nos joies. Je crois aussi que, si nous le laissons agir profondément, il nous donne toujours davantage de souplesse pour nous laisser guider dans la vie de Dieu là où nous ne serions pas allés de nous-mêmes.
Le Père, enfin, est peut-être le terme du voyage ; notre but. En nous dépouillant peu à peu de ce qui nous encombre, en apprivoisant nos failles et nos limites pour qu’elles ne nous entravent plus, nous nous acheminons vers lui. Henri Nouwen, prêtre néerlandais du 20e siècle a écrit un très beau livre (Le retour de l’enfant prodigue) sur son parcours spirituel personnel à la lumière de la parabole du fils prodigue et du tableau de Rembrandt associé. A la fin de son récit, il écrit « Rembrandt, qui m’a montré chez le Père une vulnérabilité suprême, m’a fait prendre conscience que ma vocation finale est de devenir semblable au Père et d’imiter sa miséricorde divine dans ma vie quotidienne. Bien que je sois à la fois le fils cadet et le fils aîné, je n’ai pas à le demeurer, mais à devenir le Père. » N’est-ce pas cela, le travail de toute notre vie ?