
Renoncer est généralement pris sous l’aspect négatif. Ne pas avoir été capable de ; ne pas avoir réussi, ne pas être allé au bout. Un peu comme une défaite, ou quelque chose qui laisse un goût amer. C’est ne pas avoir osé, ou, au mieux, avoir été raisonnable. Pourtant, le renoncement ne serait-il pas une forme de vertu ?
Jésus n’arrête pas montrer la voie du renoncement dans les Évangiles. Les disciples qui le suivent renoncent à leur travail et leur situation (Matthieu 4, 20). Il faut aussi être capable de renoncer à sa famille (Luc 14, 26), de renoncer à ses biens matériels (Marc 10, 21)… Mais Jésus montre aussi lui-même la voie : il renonce au pouvoir qu’il aurait pu avoir (Luc 23, 3), il renonce à faire sa propre volonté (Luc 22, 42), il renonce à se sauver lui-même de la croix (Marc 15, 29-30).
Le renoncement traverse tout le message du Christ : les derniers seront les premiers (Matthieu 20, 16) ! À la veille de sa mort, Jésus a ces mots au sujet du pouvoir : « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. » (Luc 22, 25-26). Un renoncement radical aux honneurs, aux trônes et au pouvoir.
De quels petits et grands renoncements sommes-nous capables ? Sommes-nous par exemple capables de renoncer à vouloir être le meilleur ? C’est assez contre-intuitif car on a souvent grandi avec cette idée de la compétition et de la performance. Mais que veut dire être le meilleur ? Selon quels critères si humains ? À quelles conditions ? Ne devrions-nous pas renoncer à chercher notre avantage ? Renoncer à faire ou obtenir quelque chose qui nous plairait, que nous désirons, pour que d’autres puissent prendre une place qui serait la leur ? Ce n’est pas entrer dans une logique de culpabilisation constante, ni de dévalorisation de soi. Simplement chercher à ce que tous soient là où ils devraient être.
Dans nos pays occidentaux, je crois que nous avons un long chemin de renoncement à effectuer pour laisser un peu plus de place à d’autres vies que les nôtres. Et cela commence par des aspects très matériels. « Tout est lié » répète inlassablement le pape François depuis Laudato Si’. Chacune de nos vies sont liées. Toutes les créatures habitant le monde sont liées entre elles. Parce que nos actes ont un impact, mais aussi parce qu’il y a des résonances fortes avec le monde. Nous sommes une création commune, aimée de Dieu. L’égale dignité de chaque être humain, qui est et qui viendra, le soin de chaque créature sont notre horizon.
Pourquoi donc est-ce que renoncer aurait un goût amer quand cela peut surtout être une histoire de don ? Il y a un potentiel de libération inscrit dans notre capacité à renoncer.
Ce début de Semaine sainte est peut-être l’occasion de penser à tous les renoncements auxquels nous pouvons consentir, par amour ou par solidarité, pour que d’autres vivent !
merci Marie
J’aimeJ’aime