
« Si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi est notre foi » (1 Corinthiens 15,14). Cette phrase de saint Paul dit pour les chrétiens l’importance de la résurrection, car elle est l’œuvre du salut de Dieu. Dans la Genèse, la mort apparaît comme conséquence du péché originel (Genèse 3,20), qui est lui-même désir de l’homme de s’affranchir de Dieu pour espérer devenir son égal et ne plus dépendre de lui. Si donc Jésus vient prendre sur lui nos fautes et nous sauver, dépasser l’horizon de la mort devient une nécessité. Ou alors quelle promesse de vie éternelle si le gouffre de la mort continue d’exercer son emprise ?
La résurrection est un événement dans l’histoire humaine qui dépasse le cadre de cette histoire : elle s’extrait de l’ordre vie-mort inhérent à notre humanité. Elle ne correspond pas à ce que nous connaissons, elle dépasse l’horizon limité de notre temporalité et celui de notre spatialité. Elle est un événement unique, puisque si Jésus a ramené certaines personnes à la vie, elles sont ensuite mortes à nouveau. Mais l’espérance des chrétiens est bien que, un jour, nous ressusciterons.
La résurrection n’est pas qu’un retour à la vie, elle est un bouleversement de l’existence. Les Évangiles donnent quelques indications sur cette façon dont Jésus se présente au monde une fois ressuscité. Hormis le fait qu’il est revenu de la mort de manière permanente, qu’il ne mourra pas à nouveau mais sera « emporté au ciel » (Luc 24,52) à l’Ascension, on apprend que Jésus peut disparaître de devant les yeux des hommes (cf. Emmaüs, Luc 24,31), apparaître ailleurs (Luc 24,36) ou encore se manifester « sous d’autres traits » que les siens (Matthieu 16,12).
Cette manière d’être au monde que nous ne connaissons pas encore, nous en goûtons néanmoins des prémices dans notre vie. Si elles ne sont pas du même ordre, les petites résurrections qui parsèment nos vies nous offrent des germes de la résurrection du Christ, de celle qui nous attend à la fin. Parce que ces petites résurrections que nous connaissons tous, ces sorties de tunnel, le calme – enfin – après la tempête des grandes épreuves, nos nouveaux départs ont cette caractéristique de nous revêtir d’un regard neuf. Le monde apparaît subitement dans toute sa splendeur et sa simplicité. Notre rapport aux autres et à l’existence en sont transformés.
Les Évangiles sont brefs sur la résurrection. Quelques pages, où on ne cherche pas à la comprendre, seulement à relater ce qu’il s’est passé. Il n’y a pas de preuve, pas d’explication physique, rien qui pourra convaincre nos intelligences. Il n’y a qu’un acte de foi et sa conséquence sur nos vies, si nous acceptons de faire ce saut.
Après le chaos de la Passion, vient le calme de la Résurrection, sa surprenante douceur. Pas de fracas, ni de bruit, juste un homme qui était mort et qui apparaît bien vivant à une femme dans un jardin.
Cette espèce de simplicité limpide de la Résurrection est pour moi ce qui fait sa force. On peut y croire, on peut ne pas y croire, rien ne nous est imposé. Chaque Pâques fait écho pour moi à cette phrase d’Albert Camus : « Au milieu de l’hiver j’ai découvert en moi un invincible été. »