
Les personnes douces sont fascinantes, elles ont quelque chose de reposant et d’admirable. Elles paraissent capables de résister à l’emportement qui accompagne toutes les petites et grandes contrarietés du quotidien.
Souvent la douceur est galvaudée. On la confond avec la mièvrerie, on aime la genrer – et si on pense à une femme douce, il est probable qu’on n’y pense pas de la même manière qu’un homme doux, pourquoi ? –, elle peut aussi être une excuse pour éviter toutes les confrontations.
Les doux donnent l’impression d’avoir compris quelque chose de plus qui échappe au commun des mortels. Ils ne s’épuisent pas en vain, ne se mettent pas en colère pour rien.
Peut-être pour se rassurer, on aime à rappeler que Jésus a su faire preuve de colère envers les marchands du temple (Jn 2,13-25). Mais cet unique épisode montre surtout en contraste l’homme doux qu’il était, tout le reste de sa vie publique. Dans ses conseils aux Philippiens, Paul insiste : « que votre douceur soit connue de tous les hommes » (Ph 4,5). La douceur est témoignage, elle rend aussi possible la vie en commun.
Quatre axes peuvent nous aider à approfondir la douceur :
La douceur est maîtrise des passions. On peut apprendre à être doux. Faire la choix de la douceur, c’est chercher à ne pas laisser gagner nos emportements et traquer notre propre violence. La douceur est ouverture à la souplesse de la grâce qui agit dans les cœurs et transforme le croyant qui la laisse agir. La première étape de ce travail personnel est déjà d’être doux avec soi-même.
La douceur est une attitude de la relation. Elle présume que l’autre est un monde dont on ne connaît rien. Il s’agit d’abord de le préserver plutôt que de plaquer sur lui nos propres projections. Si je fais preuve de douceur avant d’attendre de lui quelque chose qu’il ne pourra peut-être pas m’offrir, je m’ouvre à d’autres possibilités et lui laisse l’espace nécessaire pour déployer son monde.
La douceur rend digne de confiance. Lorsqu’il proclame les béatitudes, Jésus dit : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage » (Mt 5,5). Ce trésor précieux qu’est la terre est confié aux doux car ils sont dignes de confiance. La terre aussi est en proie à de multiples violences ; de nombreuses sont d’origine humaine (pollution, exploitation, dégradation). Confier la terre aux doux, c’est la confier à des personnes qui sont capables d’en prendre soin parce qu’elles se rendent sensibles à cette violence.
La douceur fait appel à notre sensibilité. Je suis allée il y a quelque temps à la soutenance de thèse de mon amie Marie qui a travaillé la douceur chez les premiers chrétiens. Elle mettait en exergue le fait que la douceur est aussi une sensation et que cet aspect revient régulièrement dans la Bible ou chez les premiers auteurs chrétiens (par exemple la douceur de la parole de Dieu comparée à du miel…) pour évoquer l’expérience religieuse. L’expérience de foi est aussi un ressenti agréable, une expérience heureuse.
Etre doux est une attitude exigeante qui mobilise notre caractère, notre intériorité, notre sensibilité. Y oeuvrer est un chemin sûr vers la plénitude de Dieu.