Flâneries théologiques 22. En finir avec la culpabilité

S’il y a bien une chose que l’on reproche régulièrement aux religions, et en particulier au christianisme, et en particulier au catholicisme, c’est de susciter chez les fidèles un fort sentiment de culpabilité. Combien ont quitté l’Église en raison de cette chape de culpabilité ? Combien se sentent paralysés par ce sentiment ?

Je crois que nous ne devons avoir qu’une hâte c’est de nous en défaire. Rien n’est plus anti-évangélique que ce poids de la culpabilité.

Il y a bien sûr d’abord la question du péché qui semble perpétuellement se promener au-dessus de nous comme une épée de Damoclès. Rappelons peut-être pour commencer que l’être humain n’est pas d’abord et avant tout un être pécheur. Il est d’abord un être libre, désiré par Dieu, aimé de lui et créé pour le bonheur et pour le bien. La notion de péché nous met face à une responsabilité : dans une certaine mesure qui dépend de nous, on peut choisir de faire le bien ou non. Nous sommes responsables d’un certain nombre de nos actions. Parfois, néanmoins beaucoup de choses nous empêchent d’être tout à fait responsables de nos actes. Il y a des choses que nous ignorons, d’autres qui empêchent ou encore des structures d’aliénation. La notion de péché est intéressante dans la mesure où elle prend au sérieux notre liberté. Mais elle n’absorbe pas toute notre vie. Déjà, nous passons surtout une bonne partie de notre vie à faire de belles choses. Ensuite, nous sommes aussi capables de repentir et de pardon. Et ça, c’est un grand trésor de la foi chrétienne. Là aussi, une fois qu’un pardon a été donné, il ne s’agit pas d’y revenir sans cesse !

Dans le chemin du chrétien, la perfection peut être recherchée à tout prix. On la confond souvent avec la sainteté. Il est facile de se faire une idée des saints qu’on nous présente comme des êtres parfaits L’hagiographie (=récits des vies de saints) est une discipline une peu perverse où on cherche à mettre en avant telles qualités, promouvoir telle figure spirituelle et finalement fabriquer une image bien éloignée de la réalité. L’idéal devient inaccessible et même inhumain. Alors que la véritable chose importante est la croissance vers le bien. Et cela se fait de mille manières et par mille petits pas. Surtout, cela doit être un chemin de joie et non de sacrifices constants, sinon on a peu de chance de se faire l’image d’un Dieu amour. Il peut y avoir des quêtes de perfection totalement destructrices.

De même au sujet du Magistère de l’Église catholique, c’est-à-dire ces textes qui proviennent du pape et des évêques. Une partie d’entre eux concerne la vie morale et peut être pris comme des injonctions irréalisables qui ne font qu’ajouter leur part à la culpabilité des fidèles. Il faut vraiment garder en tête que cette parole doit être une boussole qui nous guide dans nos vies mais qu’elle n’est rien sans notre propre discernement, notre propre manière de nous l’approprier (ou non !). Cette parole est souvent pensée en termes de permis/défendu, ce qui est infantilisant et ne fait pas du tout appel à notre responsabilité et liberté. Nous ne sommes pas des soldats au service du magistère. Nous sommes des êtres capables de nous demander dans une situation donnée : Là maintenant, qu’est-ce qui est bon pour moi, pour quel but ? En gardant en tête ce plus grand bien vers lequel tendre, quel pas je pourrai faire aujourd’hui, dans quelle direction ? Et si nous prenons au sérieux cette parole du magistère, nous sommes en droit d’attendre que l’Église prenne également au sérieux notre réponse. Enfin, si Jésus encourage à suivre les commandements, il a des paroles très dures contre les prédicateurs car « Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. » (Mt 23,4) Attention à bien laisser le messager à sa place, il est fort probable qu’il nous décevra et ce n’est certainement pas pour lui que nous agissons !

Dès que la culpabilité apparaît, interrogeons-la : où prend-elle racine ? Est-ce qu’on place la barre trop haut ? Est-ce qu’on a quelque chose qu’on n’arrive pas à régler ? Est-ce qu’on a besoin d’être accompagné sur un aspect particulier de notre vie ? Comment trouver un chemin plus doux ?

Gardons 4 pistes pour balayer la culpabilité à la lumière de l’Évangile :

– se convaincre de sa valeur infinie aux yeux de Dieu

– faire des choix libres et assumés, en conscience

– accepter d’être limité, de se tromper, de demander pardon et de recommencer

– chercher sans cesse le bonheur

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