Flâneries théologiques 24. À quoi servent les miracles ?

C’est une question que je me pose souvent. Pourquoi croire aux miracles ? N’est-ce pas un peu folklorique ? Il faut 1 miracle pour reconnaître un bienheureux, 2 pour en faire un saint (si je ne me trompe pas)… Cette reconnaissance comptable a de quoi déstabiliser. Mais je vois bien aussi qu’il est absolument stupide de parler de folklore quand des personnes sont guéries dans leur chair.

Dans les Évangiles, il y a plein d’épisodes miraculeux. C’est d’ailleurs toujours surprenant cette irruption du non-rationnel au milieu de la réalité simple que l’on perçoit comme faisant partie de la vie de Jésus et de ses disciples. Des guérisons à la marche sur l’eau, de la résurrection de Lazare à la multiplication des pains, ils concernent des aspects fondamentaux de la vie ou d’autres beaucoup plus triviaux. Toutes les facettes de l’existence semblent pouvoir être concernées par le miraculeux. De plus, Jésus refuse aussi parfois de faire des miracles. Par exemple, lorsqu’à sa condamnation, Hérode espère le voir faire un miracle, ce qui n’arrive pas (Luc 23,8).

Lorsque Jésus utilise les miracles, il utilise un autre mode pour révéler la Bonne nouvelle et l’amour de Dieu que la parole seule. Il accomplit un signe qui apparaît comme un débordement, et tranche radicalement avec la réalité matérielle et les lois physiques que nous connaissons. En faisant cela, Dieu nous rejoint par-delà ce qui semble tenir le monde et tout ce qui paraît immuable.

Comment est-ce que je me laisse rejoindre par cette irruption inattendue ? Il me semble que les miracles nous rappellent avec force que nous ne nous limitons pas au monde tel que nous croyons le connaître, mais qu’un monde invisible nous entoure. C’est très facile de l’oublier, et de plonger dans la rationalité à laquelle nous appellent notre quotidien et notre intelligence. Reconnaître qu’il y a tout un pan de la réalité que nous ne parvenons pas à voir est, en revanche, un exercice à recommencer sans cesse. Et parfois, souvent peut-être, pour les personnes bien exercées, ce pan de réalité se dévoile subitement lorsqu’on fait preuve de davantage d’amour et de sensibilité.

Le miracle vient nous rappeler un bouleversement des ordres. Sans l’attendre, il nous aide à croire que notre horizon ne se limite pas à ce que nous voyons et comprenons. Que Dieu est capable de bouleverser cette réalité de manière mystérieuse.

J’aime cette phrase de sainte Thérèse de Lisieux : « On obtient de Dieu autant qu’on en espère. » Elle peut sonner comme la sentence intransigeante des miracles déçus. Comme s’il n’y avait qu’à espérer davantage pour être exaucé. Mais je crois qu’il ne s’agit pas du tout de cela ; plutôt qu’avec les yeux de cette espérance, la vie entière est émaillée de miracles.

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