Flâneries théologiques 25. Rendre grâce

La semaine dernière, je n’ai pas publié de flânerie car j’étais totalement épuisée. La fin d’année nous engloutit dans son lot de fêtes d’écoles, d’entretiens, de verres tardifs en terrasse, d’AG, de réunions de dernière minute… Il y a les impératifs, il y a ces lieux où on va en traînant un peu des pieds, mais il y a aussi beaucoup de moments festifs. Le mois de juin a son lot de joies, surtout quand il fait beau, et son lot de fins. Il faut tenir encore jusqu’aux vacances, que l’on espère reposantes.

Dans ce tourbillon de fin d’année, j’ai par ailleurs fêté mon anniversaire. Et c’est une bonne occasion de réfléchir à la théologie au quotidien. Que signifie encore fêter son anniversaire quand on n’a plus l’âge des chasses au trésor ? Il se trouve que, par hasard, je vis désormais à l’endroit exact où je suis née, qui n’est plus une maternité. Et ce jour d’anniversaire à cet endroit précis m’a plongée dans des abîmes de questionnements sur les raisons pour lesquelles on naît un jour et on existe. Je n’ai pas trouvé plus de réponse que l’humanité entière qui m’a précédée. En revanche, je crois que j’ai été frappée dans mon état d’épuisement par l’impératif vital de rendre grâce.

C’est si facile dans une journée de voir toutes les choses qui n’ont pas marché, les petites phrases qui nous blessent, les impatiences, les emportements et les déconvenues. Parfois aussi, je sais que j’utilise toute mon énergie pour changer des choses qui ne changeront pas, ou du moins pas comme je le pensais. Mais est-ce qu’une journée n’est pas bien davantage remplie de motifs de rendre grâce ?

Pour rendre grâce cependant, une chose est nécessaire : s’arrêter. Prendre le temps de tout suspendre pour simplement accueillir cette beauté présente qui constitue une part de notre existence. C’est peut-être pour cela qu’on peut si vite l’oublier, pris dans la ferveur du quotidien. Nos anniversaires ne seraient-ils pas justement l’occasion de se le rappeler encore plus particulièrement ? Naître, grandir, vieillir : nous accueillons une existence dont il nous a été fait le don.

L’épuisement de la fin d’année a ceci de précieux qu’il m’ouvre plus facilement à reconnaître les dons qui me sont faits, notamment les personnes qui m’entourent. Lorsque je touche mes limites, je n’ai pas d’autre choix que de me laisser davantage porter. D’apprendre à maintenir l’essentiel : être.

Et puis en écrivant cette flânerie, je me suis fait la réflexion que, ayant traîné, elle ne tombait vraiment pas à point nommé, alors que la France s’engage dans une voie politique qui m’attriste profondément.

Mais me sont revenus les mots si puissants d’Etty Hillesum, jeune juive morte dans un camp en 1943 : « Je trouve la vie si belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme, j’ose le dire sans fausse honte… Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie, oui vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942, la énième année de la guerre. »

Rendre grâce est une résistance, un refus des découragements. En tout temps, je veux laisser se déployer en moi des cieux aussi vastes que le firmament, qui me permettent de rendre grâce pour cette existence, aussi riche que complexe, tantôt incompréhensible, tantôt si parfaitement ajustée.

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