Flâneries théologiques 26. Veiller

« Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. Plus qu’un veilleur ne guette l’aurore, attends le Seigneur, Israël. » (Psaume 129)

La veille est un thème biblique important qui touche à l’intime de la relation entre Dieu et les hommes et les femmes. Que fait-on lorsque l’on veille ? On attend, on espère, on sait que quelque chose va se passer, on ne sait pas très bien quand, mais cela va advenir. On donne de soi, tout tendu vers ce qui vient, on consent à être dans cet état d’attente. Entre Dieu et les être humains, il y a d’abord ce Dieu qui veille sur chacun, il pose un regard d’amour sur sa création, mais la veille est aussi la réponse que les êtres humains donnent à Dieu.

Il y a dans l’Évangile ce passage qui parle de la veille, en Matthieu 25. Des jeunes filles sont invitées à une noce et attendent l’époux. Cinq d’entre elles sont qualifiées de prévoyantes, les cinq autres insouciantes. Lorsque l’époux arrive, les cinq insouciantes n’ont plus d’huile pour allumer leur lampe. Elles doivent aller en acheter, mais le temps qu’elles reviennent, la porte est fermée et il ne leur est plus possible d’entrer. Elles n’étaient pas prêtes pour l’arrivée de l’époux et la parabole se termine sur ces mots : « Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » J’ai toujours été étonnée par la violence de cette porte fermée pour les 5 femmes qui avaient simplement oublié d’anticiper. Est-ce qu’il n’était pas possible de partager ?

En fait, il y a ici quelque chose d’assez radical qui nous est montré en puisant à des images très concrètes de nos vies (l’huile, la lampe, anticiper nos besoins matériels essentiels pour pouvoir vivre) pour s’adresser à l’intime de nos existences. Que signifie être prêt ? Vers quoi concentrons-nous nos efforts pour être dans un état de veille ? Si l’on va au cœur de la question : être toujours prêt à répondre de sa vie, quelles conséquences est-ce que cela a pour notre quotidien ? Car, peut-être que, « Cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Luc 12, 20)

Si ma vie est reprise aujourd’hui, qu’est-ce que j’aurai donné, qu’est-ce que j’aurai gardé ? Qu’est-ce que je laisserai ? En quoi est-ce que je n’ai pas cherché à être meilleur ? À soigner avec amour chacune de mes relations ? Et comment aussi ne pas me laisser paralyser par le caractère vertigineux de ces questions ? Comment avancer à ma mesure et faire de la veille un travail vers ma propre humanisation ?

La veille mobilise notre volonté : nous acceptons de veiller. Que ce soit un malade, un être cher qui va revenir, une nouvelle, un Messie ou l’aube… Cet état de veille peut devenir un état de vie, une sorte de conscience aiguë de ce qui vient.

Veiller est une acceptation de notre condition humaine au plus haut sens, je crois. Lorsque nous veillons, nous nous plaçons dans un face-à-face, nous acceptons notre pleine stature qui nous dépasse infiniment. Et cela ne signifie pas que nous devions faire preuve de forces surhumaines. Veiller, cela est aussi à l’image de la petite flamme que l’on place à côté des tabernacles. Elle n’a rien de grandiose, mais elle est là.

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