Flâneries théologiques 28. Appartenir à la Création

Dans le livre de Daniel, il y a ce très beau texte appelé Cantique des trois enfants qui appelle toute la Création à louer Dieu : « Toutes les œuvres du Seigeur, bénissez le Seigneur : A lui haute gloire, louange éternelle ! » (Dn 3, 57) Les cieux, les eaux, les astres, le givre et la rosée, les nuits et les jours, les montagnes, les collines, les plantes, les sources, puis les animaux et les être humains… Il fait bien sentir à quel point l’être humain appartient aux merveilles de la création, de la même façon que de nombreuses autres merveilles. Saint François d’Assise, l’ami de la création, parle dans son Cantique des créatures de « frère » soleil, « sœur » lune et « mère » terre.

Est-ce si évident cependant de s’encastrer au sein de la création ? L’être humain n’a-t-il pas souvent la tentation de s’en extraire pour mieux l’exploiter ? C’est ce que semble montrer aujourd’hui la crise écologique et le christianisme a aussi sa part de responsabilité.

En 1967, un historien américain appelé Lynn White a publié un article sur « Les racines historiques de notre crise écologique ». Dans ce texte, il vient interroger la responsabilité du christianisme dans l’ampleur de la crise écologique. Pour lui, cette crise serait liée à l’interprétation de Genèse 1, 28 : « Dieu les bénit (les êtres humains) et leur dit : “Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre.” ». Lynn White écrit : « non seulement le christianisme établit un dualisme entre l’homme et la nature, mais encore il soutient que c’est Dieu qui veut que l’homme exploite la nature pour ses propres fins. » On parle d’un « anthropocentrisme », c’est-à-dire mettre l’être humain au centre du monde. Selon la thèse de White, cela aurait mené à une surexploitation de la nature au Moyen Âge. Bien sûr, cet article a été commenté en long et en large (voir par exemple la critique récente et très complète de Dominique Bourg). Mais White pointe tout de même une question importante du christianisme : comment nous situons-nous au sein de la création ?

Et là, le domaine spirituel peut aussi être une ressource en terrain écologique. L’une des béatitudes ne dit-elle pas : « Heureux les doux car ils recevront la terre en héritage » ? (Matthieu 5, 5) Cette douceur est d’abord la prise de conscience que nous n’avons pas la main mise sur la création. Elle est un don que nous recevons avec humilité. Elle est à la fois le lieu où Dieu parle, le lieu où il est possible de le rencontrer, le lieu encore où se révèle de manière sensible et splendide son projet d’amour, le lieu enfin où nous nous laissons éduquer à notre humanité.

Que veut dire la parole je te confie la terre ? Est-ce pour l’exploiter et la mener à sa perte ? L’urgence climatique ne devient-elle pas aussi une manière de nous interroger sur cette fidelité à notre responsabilité orginelle ? Comment consentir au dessein de Dieu, à accueillir nos limites avec gratitude et humilité, à bien choisir ce en quoi nous plaçons de l’importance ?

« Si tu viens à perdre la terre, à quoi te sert de sauver ton âme ? » disait le sociologue Bruno Latour. Le salut se déploie sur la terre ferme !

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