
Les pauvres ont une place toute particulière dans le cœur de Dieu. Dans l’Évangile, Jésus ne cesse de rappeler cette préférence et la façon dont nos propres hiérarchies humaines ne valent rien aux yeux de Dieu : « Les derniers seront les premiers » (Mt 20, 16), « va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis, viens, suis-moi » (Mt 19, 21). Cela peut parfois amener à une vision assez romantique de la pauvreté. La pauvreté est-elle désirable ? N’importe quelle forme de pauvreté ?
On distingue parfois la pauvreté matérielle de la pauvreté spirituelle. En un sens, c’est utile, mais il me semble que cela peut aussi être un piège.
Pour commencer, il faut dire que la véritable pauvreté matérielle porte atteinte à la dignité humaine. La pauvreté qui prive de droits fondamentaux est injuste et intolérable. Et d’ailleurs, toute la Parole de Dieu nous enjoint de lutter contre cette indignité faite aux êtres humains.
La pauvreté spirituelle est quant à elle présentée comme une attitude nécessaire pour se rendre disponible à Dieu. « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3) clament les Béatitudes ! La pauvreté semble être un chemin qui mène à Dieu.
Et c’est là qu’il devient difficile, je crois, de trop séparer pauvreté spirituelle et pauvreté matérielle. La pauvreté spirituelle veut être un état de disponibilité à Dieu, une attitude qui se reconnaît dans certaines grandes figures de saints, comme par exemple saint François d’Assise, ou sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Une école de la simplicité. Mais est-ce que ces figures-là n’ont pas justement fait vœu de pauvreté matérielle ?
Le propre de la pauvreté est de se situer dans un manque. C’est ce manque qui est un scandale quand il est subi au point de dégrader la dignité humaine. En revanche, les pauvres de cœur sont justement ceux qui reconnaissent leur état de dépendance. La pauvreté spirituelle n’est ainsi pas totalement déliée de la pauvreté matérielle. Elle est aussi un lieu qui permet de creuser un espace d’accueil, de solidarité, d’ouverture. Elle n’est pas embarrassée du superflu. Il faut faire de la place pour reconnaître sa dépendance. Nous délester permet d’entrer dans cette dépendance qui a quelque chose d’effrayant, reconnaissons-le.
Alors, qu’est-ce qui m’effraie dans la possibilité de la pauvreté ? Comment aussi est-ce que je fais mes choix dans ma vie ? Par peur de cette pauvreté ? Mais à quel moment est-ce que je suis pauvre ? Quand est-ce que j’ai trop ?
Aimer la pauvreté à laquelle Dieu nous appelle ne serait-ce pas : nous scandaliser d’une pauvreté matérielle subie et dégradante, désirer pour nous-mêmes une pauvreté qui nous rend dépendants ?