Flâneries théologiques 34. Ce qui nous attend après la mort

J’emprunte encore ce titre à un livre, que j’avais eu la chance d’éditer il y a quelques années et dont je vous conseille la lecture. L’auteur, Nathanaël Pujos, y ramasse une réflexion profonde, pleine de beauté, de poésie et d’espérance, sur la vie après la mort et, surtout, sur le fait que cette vie d’éternité commence dès à présent.

La Toussaint, le jour des morts, les pèlerinages sur les tombes, les prières pour nos morts… Autant d’occasions de nous demander ce qui nous attend après la mort, ce qui nous lie à nos morts. Nos liens perdureront-ils et comment ?

Il y a une chose étonnante et éclairante, je trouve, c’est que l’Évangile du jour de la Toussaint est celui des Béatitudes. Au premier abord, c’est un peu surprenant cet Évangile qui ne parle pas du tout de mort mais de bonheur. Pourtant il y en aurait plein, des textes d’Évangile, qui parlent un peu plus spécifiquement de la mort. Mais ce sont les Béatitudes qui ont été choisies, pourquoi ? La vie après la mort, c’est d’abord la vie, et ce qu’on appelle « terre », ce qu’on appelle « ciel », en langage spirituel, ne font en réalité qu’un. Il ne peut pas y avoir de déliaison entre les deux. Comment vivre ce Royaume de Dieu qui vient et qui en même temps est déjà là ? Les Béatitudes en donnent justement la clé. Les béatitudes « sont comme la carte d’identité du chrétien. Donc si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien ?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes » (n°63), écrit le pape François dans Gaudete et exsultate, un (très beau et très court) texte écrit sur la sainteté dans le monde actuel. L’Évangile des Béatitudes est un évangile qui nous apprend à vivre (et donc à mourir ?). C’est un évangile de l’attention et du discernement : A quoi prêtons-nous de la valeur ? Et ce n’est que ça la sainteté : « heureux ». Heureux d’une manière paradoxale. Les Béatitudes nous disent que le bonheur se trouve dans des lieux que nous n’avons parfois pas soupçonnés.

La vie après la mort commence donc dès maintenant. Dans son livre, Nathanaël Pujos ne cesse de répéter cette phrase : « Ne subsiste que ce qui se donne ». Ce n’est ni une simple jolie parole, ni un appel au burn-out. C’est vraiment la configuration de nos existences. Qu’est-ce qui aura une empreinte éternelle dans ce que je vis maintenant ? Ça me fait penser à cette chanson de Raphaël « Et dans 150 ans, on s’en souviendra plus […] alors souris. » Il y a tant et tant de choses dont on ne se souviendra plus, qui n’ont aucune importance. Que voulons-nous faire subsister ? Il y a tant de choses, aussi, qui peuvent avoir poids d’éternité. Par exemple, comment participer à l’engendrement d’une génération paisible ? À quoi consacrons-nous notre temps ? Que cherchons-nous à retenir pour nous et pourquoi ? Comment, enfin, irriguer nos actes les plus banals de ce poids d’éternité ? Non pas comme un fardeau, non pas comme une injonction, plutôt pétris de confiance et de joie.

Ce qui nous attend après la mort, nous en connaissons déjà les prémices : ce sont les liens d’amour qu’il nous revient de chérir et de soigner tout au long de notre vie. La vie après la mort est tissée, de manière assez mystérieuse, de ces liens. Ils seront amenés à se transformer (pensons à Jésus qui dit qu’il n’y aura plus ni maris ni femmes (Mt 22, 30)). Ils seront amenés à se purifier et croître. Mais ils seront indubitablement faits de ce que nous avons donné dès aujourd’hui.

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