
« Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, les femmes se rendirent au tombeau, portant les aromates qu’elles avaient préparés » (Lc 24, 1). Chez Luc, le récit de la résurrection commence encore avec une hâte, celle des femmes qui se précipitent au tombeau pour prendre soin du mort. Et cette hâte vient se percuter à un tombeau vide : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité » (24, 5-6), leur annoncent deux hommes en habits éblouissants.
La hâte ne s’estompe pas après l’annonce de la résurrection, elle est reconfigurée puisque tout est accompli et que la mort n’a pas le dernier mot. Une forme de douceur peut dès lors s’emparer de nos cœurs, prenant la place de l’inquiétude de la mort. Cette douceur se manifeste dans ce Christ délivré de l’angoisse de la mort, qui se présente dans un état radicalement neuf. La mort n’a pas le dernier mot.
Que retenir de ce parcours qui nous a occupés sur ce chemin vers Pâques ? La hâte dont nous avons parlé s’apparente aux mots des disciples d’Emmaüs, lorsqu’ils prennent conscience de ce qui les habitait en marchant auprès de Jésus : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous ? » (24, 32)
Cet appel du cœur, nous voulons le laisser nous emporter. Renouer avec ce cœur brûlant demande de faire de la place pour laisser croître cette hâte. Cela demande de s’arrêter souvent et de prendre le temps de scruter notre cœur qui ne sera pas exempt de peines.
Ni fuite en avant, ni quête d’efficacité, il s’agit d’apprivoiser cet élan vital qui nous pousse à donner notre vie, à croire que le Royaume se fait ici et maintenant, à travers nous et tous ceux, toutes celles que nous rencontrons en chemin. Sans cesse, nous voulons laisser éclore cette hâte, pour qu’elle nous guide et nous habite, nous fasse sentir réellement vivants. Elle nous fait renouer inlassablement avec notre vive humanité, avec les appels les plus profonds de notre cœur.
C’est au pape François que je laisserai les derniers mots, reprenant son ultime homélie, hier à Rome, pour Pâques, car il illustre si bien cette hâte que nous avons cherché à explorer ces dernières semaines… « Il est ressuscité et n’est donc plus dans le tombeau. Il faut le chercher ailleurs. C’est l’annonce de Pâques : il faut le chercher ailleurs. Le Christ est ressuscité, il est vivant ! Il n’est pas resté prisonnier de la mort, il n’est plus enveloppé dans le linceul, et donc on ne peut pas l’enfermer dans une belle histoire à raconter, on ne peut pas en faire un héros du passé ou penser à Lui comme à une statue placée dans la salle d’un musée ! Au contraire, nous devons le chercher, et pour cela nous ne pouvons pas rester immobiles. Nous devons nous mettre en mouvement, sortir pour le chercher : le chercher dans notre vie, le chercher sur le visage de nos frères, le chercher dans le quotidien, le chercher partout sauf dans ce tombeau. Le chercher toujours. Car s’il est ressuscité, Il est présent partout, Il demeure parmi nous, Il se cache et se révèle aujourd’hui encore dans les sœurs et les frères que nous rencontrons sur notre chemin, dans les situations les plus anonymes et les plus imprévisibles de notre vie. Il est vivant et reste toujours avec nous, pleurant les larmes de ceux qui souffrent et multipliant la beauté de la vie dans les petits gestes d’amour de chacun de nous. C’est pourquoi la foi pascale, qui nous ouvre à la rencontre avec le Seigneur Ressuscité et nous dispose à l’accueillir dans notre vie, est tout sauf un arrangement statique ou une installation paisible dans une quelconque assurance religieuse. Au contraire, Pâques nous met en mouvement, elle nous pousse à courir comme Marie de Magdala et comme les disciples ; elle nous invite à avoir des yeux capables de “voir au-delà”, pour entrevoir Jésus, le Vivant, comme le Dieu qui se révèle et qui, aujourd’hui aussi, se rend présent, nous parle, nous précède, nous surprend. »