Flâneries théologiques 30. Le travail en partage

La rentrée est l’occasion de faire le point sur notre rapport au travail. Est-il ajusté ? Pourquoi est-ce que je fais tel travail ? Quelle est son utilité ? Quelle place mon travail occupe-t-il dans ma vie ? Si je n’ai pas de travail, est-ce que cela me pèse ? Pourquoi ? Est-ce que je vis au contraire ce moment comme un temps donné pour autre chose ? Si je manage des personnes, comment les laisser déployer leurs talents ? Mais aussi quel est le périmètre du travail ?

L’Église a toujours hautement valorisé le travail. Elle y voit un lieu de dignité pour l’être humain, un lieu où il peut participer à la construction de la société et subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. On peut facilement avoir en tête cette phrase formulée négativement par saint Paul : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2Th 3, 10). Il faudrait plutôt retenir ce passage du pape François dans Fratelli Tutti : « la grande question, c’est le travail. Ce qui est réellement populaire parce qu’il contribue au bien du peuple, c’est d’assurer à chacun la possibilité de faire germer les semences que Dieu a mises en lui, ses capacités, son sens d’initiative, ses forces » (n° 162). Il est assez caractéristique de la pensée actuelle de l’Église sur le travail.

Mais cette possibilité de faire germer les semences qui sont en nous peut aussi rencontrer un certain nombre d’obstacles.

Dans Laudato Si’, le pape François met en garde contre le potentiel destructeur du travail dont le sens est défiguré lorsque « la capacité de contempler et de respecter est détériorée chez l’être humain » (n°127). Cela peut prendre de multiples formes, du travail forcé à celui qui mène à des maladies comme le burn-out ou encore le travail qui détruit la création. Comment se rendre digne image du créateur dans son activité ?

Un autre obstacle peut être celui de l’absence de travail. Comment partager le travail afin que tous puissent vivre dignement et participer à notre vie collective ? Il convient peut-être de penser ce que proposait il y a vingt ans déjà le théologien Jean-Yves Calvez : « aider les personnes à prendre conscience de leurs vrais besoins » et ensuite appeler à « un partage du travail impliquant un partage de revenu » (Les silences de la doctrine sociale de l’Église).

Le partage du travail implique aussi de repenser la place que nous accordons au travail domestique. Il soutient et rend possible la vie. Savons-nous encore le valoriser ? Savons-nous le partager au-delà des stéréotypes et des injonctions ?

Et puis enfin, au-delà des obstacles, comprendre que ces semences et ces talents mis en nous peuvent se déployer en bien d’autres lieux que dans le travail. « Le travail n’est pas l’essentiel de la vie de l’homme », écrivait le philosophe Emmanuel Mounier. Qu’on se le dise !

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