Flâneries théologiques 35. Pensée sociale

Dans l’Église catholique, il existe un corpus que l’on appelle Doctrine sociale de l’Église ou Pensée sociale chrétienne. Ils veulent participer à  « transformer la réalité sociale par la force de l’Évangile », ensemble avec les témoins qui l’incarnent. La bonne nouvelle annoncée par Jésus se proclame mais surtout, elle se vit dans des réalités sociales. Le Royaume de Dieu est à la fois une espérance et déjà en germe, il appartient donc à chacun de le faire croître ici bas. Pour cela, des orientations peuvent parfois aiguiller le passage à l’action.

On marque souvent le début de cette pensée sociale de l’Église catholique à la publication d’une encyclique du pape Léon XIII appelée Rerum Novarum en 1891. Elle s’intéressait à la condition des ouvriers à la période de forte industrialisation en Europe. Cela ne signifie pas que l’Église se désintéressait des questions sociales auparavant, mais elle l’a fait à ce moment-là avec une parole forte et engagée et cette parole du pape a marqué le début d’un mouvement bien plus large et a ensuite été suivie par bien d’autres textes. Le plus récent que l’on pourrait citer serait Fratelli tutti du pape François, sur la fraternité et l’amitié sociale, en 2020.

Mais les textes qui composent cette « Doctrine sociale » sont aussi des textes plus locaux, écrits par les évêques au sein d’un pays. Le terme est donc vaste et rassemble à la fois des réalités universelles et des réalités plus locales. En 2004, un document avait tenté justement de rassembler et d’ordonner ce corpus sous le titre de Compendium de la Doctrine sociale de l’Église. Il peut donner une base utile même si des textes importants sont parus depuis.

Au numéro 67 du Compendium justement on peut lire ce propos au sujet de la visée de la Doctrine sociale : elle « a par elle-même la valeur d’un instrument d’évangélisation et se développe dans la rencontre toujours renouvelée entre le message évangélique et l’histoire humaine. » La pensée sociale de l’Église n’est donc pas uniquement une morale ou une éthique, elle repose sur l’annonce et le témoignage de la Bonne Nouvelle et « en propose les conséquences directes dans la vie de la société ».

Depuis les débuts du christianisme, les chrétiens réfléchissent à la meilleure manière de s’ordonner socialement pour vivre selon le message du Christ. Les Actes des Apôtres en donnent d’ailleurs un témoignage saisissant. Voilà ce qui est à mettre au cœur de cette recherche des chrétiens : se mettre à la suite du Christ dans tous les aspects de la vie.

Il appartient dès lors aux chrétiens de discerner ce que signifie vivre selon l’Évangile, et cela rejoint les réalités humaines de chaque époque.

Ce qu’il est important de comprendre c’est qu’incarner la Parole signifie bien sûr d’abord et avant tout un chemin de conversion personnel. Cependant, et c’est justement l’objet de la pensée sociale chrétienne, cela ne s’arrête pas là. La question est aussi celle de l’organisation collective et du soin de tous. Penser les conséquences directes du message évangélique dans la vie de la société a des implications. Concrètement, il faut réfléchir aux motifs des injustices, permettre à chaque personne de pouvoir trouver sa place dans la société, penser et œuvrer à un monde qui corresponde au désir de Dieu pour nous. Ce travail de discernement se fait à l’écoute de la Parole de Dieu : il s’agit de participer, dès aujourd’hui, à la construction du Royaume. Ce qu’on appelle « christianisme social » est donc la volonté d’œuvrer à un changement structurel en proposant, en s’engageant, en faisant de la politique, œuvrant dans des syndicats, en militant… à travers différentes voix et différents mouvements. On peut aider les plus démunis avec le Secours catholique à la suite de Jean Rhodain ou désinvestir des énergies fossiles avec le mouvement Laudato Si’… et mille autres choses encore !

Une réflexion sur “Flâneries théologiques 35. Pensée sociale

  1. Avatar de jonasjohnson jonasjohnson

    C’est un sujet qui mériterait un livre à part. Je suis souvent étonné des interprétations que je peux lire ou entendre de la Doctrine Sociale de l’Eglise, utilisée pour justifier un jugement parfois étonnamment dur.

    C’est la que les encycliques récentes nous éclairent car, en se plongeant dans le réel et l’actualité, elles laissent moins de place à l’interprétation, quitte à déplaire !

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